Les étapes typiques de manipulation d’un pervers narcissique : ce que j’ai remarqué

Je ne compte plus le nombre de personnes qui, assises en face de moi ou dans un échange plus informel, m’ont raconté des histoires qui se ressemblaient étrangement. Au fil des années, entre ma propre expérience (j’ai rencontré au moins 2 pervers narcissiques manipulateurs, des relations ultra-toxiques, lorsque j’étais jeune, qui ont mené à une séparation d’emblée,) et les confidences de mes patients, un schéma clair s’est profilé.

Ancienne journaliste-reporter et experte de la com relationnelle, à mon compte depuis 1999, il m’est assez aisé d’analyser ces individus. Ainsi que les rouages d’une relation toxique, où l’on perd peu à peu pied sans trop savoir comment.

Si vous lisez ceci, il est possible que vous ayez déjà croisé ce type de personne – le pervers narcissique manipulateur – ou que vous commenciez à en reconnaître les signes.

Voici, de façon très claire, les grandes étapes de manipulation que j’ai le plus souvent observées.

1. La séduction

C’est presque toujours par là que ça commence. Il ou elle vous couvre de compliments, vous fait sentir unique, brillante, différente. Vous avez l’impression qu’on vous comprend comme jamais auparavant. C’est fluide, intense, presque trop beau. Et justement : c’est souvent trop beau pour être vrai et sincère !

Au début, l’autre vous trouve parfait, parfaite physiquement, intellectuellement, pour ma part c’était : « Ouah, tu parles cinq langues et tu as fait Théologie ! Tu es une personne brillante ». Cinq mois plus tard c’était : « On ne peut pas dire que tu sois brillante, plutôt que tu analyses tout et que tu as un esprit compliqué… Théologie ? Et ça te sert à quoi au quotidien ? » Ou encore : « Tes collègues sont désagréables avec toi parce que tu es trop parfaite » et ensuite : « Tu devrais peut-être te remettre en question, si les autres t’agressent il y a peut-être une raison » etc.

2. L’effet miroir

Vous aimez la littérature russe ? Lui aussi, bien sûr. Vous rêvez de vivre à la campagne ? Il partage exactement la même vision. Vous avez la sensation troublante d’avoir enfin trouvé votre alter ego. Mais en réalité, il vous renvoie seulement ce que vous voulez voir, comme un miroir parfaitement poli. Ainsi, sachant que j’étais rédactrice dans la psychologie et coach, l’autre s’était mis à faire de la PNL, à grand renfort de livres à peine sortis de l’emballage… Méfiance ! Dans une relation ce sont souvent les différences qui justement rendent les contacts et échanges intéressants. Lorsque j’ai rencontré mon mari qui est mon âme-soeur absolue, il était un pur cartésien et moi super spirituelle. Aujourd’hui, il a vraiment un regard sur le monde subtil presque aussi aiguisé que le mien, mais cela a pris 10 ans à se produire. Et ce n’est pas moi qui l’ai convaincu. Nos différences communiquent et parfois l’un suit l’autre dans une passion mais à la base chacun est soi-même ! C’est important !

3. L’emprise

Progressivement, sans qu’on s’en rende compte, il isole. D’abord doucement : « Tes amis sont un peu toxiques, non ? » ou « Ta famille ne te comprend pas autant que moi ». Vous commencez à vous replier sur cette relation, à croire que le lien est si fort qu’il se suffit à lui-même. Et c’est là que l’emprise s’installe. Pour ma part j’entendais : « Ton amie L. est grosse ! elle mange beaucoup, ce n’est pas bon cette fréquentation pour toi, tu risques de devenir comme elle ! » ou encore : « Tu es restée en bons termes avec ton ex anglais ? Mais un ex ce n’est pas fait pour devenir un ami, tu te méprends etc. » Ou encore :  » Pourquoi tiens-tu absolument à garder ce grand appartement dans Paris, tu paierais moins cher un petit studio en banlieue… » La manoeuvre : vous éloigner de vos proches pour mieux vous manipuler !

4. La dévalorisation

Une fois bien accro, les critiques commencent à apparaître. Subtiles au début. Un ton ironique, une remarque qui pique. Puis cela devient plus direct : vos choix, votre façon d’être, même votre apparence deviennent sujets à moquerie ou jugement. Vous doutez de vous, vous cherchez à vous améliorer… pour plaire à quelqu’un qui vous diminue ! Il faut alors revoir absolument ce qu’est le libre-arbitre ! Lisez des livres sur le sujet ainsi que sur la volonté ! Réaffirmer votre libre-arbitre et comprendre votre valeur infinie est le moyen de vous en défaire ! Vous devez militer pour vous-même !

5. La culpabilisation

Quand vous osez protester, le discours se retourne contre vous. « C’est toi qui as mal compris », « Tu es trop sensible », « Je fais tout pour toi, et voilà comment tu me remercies ». Vous finissez par vous excuser d’exister, ou presque. Le doute s’installe : peut-être que c’est vous, le problème ? Pour ma part, au bout de cinq mois moi qui pesais 47 kg pour 1m67 je me trouvais grosse ! Le PN arrive à vous faire modifier le regard que vous portez sur vous-même : avec lui vous adoptez de nouvelles distorsions !

6. Le contrôle

Petit à petit, vos décisions ne vous appartiennent plus vraiment. Il veut savoir où vous êtes, avec qui, pourquoi. Il impose ses vues, parfois sous couvert de bienveillance. Mais si vous résistez, l’ambiance se charge. Il y a toujours une punition émotionnelle derrière. Il ne cesse de vous « conseiller » (sa motivation cachée est de vous mener à votre propre perte) en employant des « tu devrais » et autres « si j’étais toi »… Mais si vous avez assez de volonté et de lucidité pour le confronter alors il vous servira des « Tu vois, je disais ça seulement pour t’aider mais toi tu ne veux écouter personne. Ce n’est pas grave, continue de gâcher ta vie etc. »s

7. Le double discours

Il ment. Ou du moins, il réécrit la réalité. Un jour blanc, un jour noir. Vous commencez à douter de vos propres perceptions. Il vous dit une chose, puis son contraire, et si vous relevez l’incohérence, il vous accuse de paranoïa ou d’obsession. C’est le chaos intérieur. Par exemple : votre avion décolle de Roissy, vous le lui dites depuis quinze jours. Mais lui ne cesse de se tromper en parlant d’Orly. Encore la veille du départ il vous parle d’Orly. Vous finissez par vous tromper et là c’est vous qui êtes folle… Il vous fait une scène mélodramatique comme il en a le don alors que la responsabilité lui incombe. Avec lui il faut absolument ré-attribuer les responsabilités sans cesse.

8. La dépersonnalisation

À force de subir ce brouillard psychologique, vous ne savez plus vraiment qui vous êtes. Vous vous sentez fatiguée, confuse, triste, parfois vide. Vos repères s’effacent, votre confiance aussi. C’est une véritable perte de soi. A ce stade, le plus souvent, vous allez voir un thérapeute et là il veut tout savoir car il voit d’un très mauvais oeil ce tiers qui tente de vous délivrer de ses griffes… Si vous vous obstinez à consulter alors il menace de vous quitter : « Oui eh bien moi tu sais une copine qui est chez son psy tous les jours très peu pour moi… » La réalité : le thérapeute est en lien avec d’autres experts de la santé mentale et/ou des services sociaux et eux ne sont qu’à une relation… du commissariat de police… Là, il commence à craindre pour son petit jeu. Il sait qu’on peut l’accuser de harcèlement moral…

9. Le rejet ou l’abandon

Parfois, il part sans explication. Ou il reste, mais vous ignore. Vous devenez transparente. Le lien se coupe froidement, sans que vous compreniez ce qui a cloché. Et malgré la douleur, une partie de vous croit encore que vous avez fait quelque chose de mal. Je me souviens de comment j’ai coupé définitivement les ponts avec un PN. Déjà j’avais l’habitude de dire à tout le monde : « En amitié comme en amour je suis entière. Avec moi quand c’est fini, c’est fini ! On ne me traîne pas deux fois de suite dans la farine »… Tous mes amis et proches savaient cela. Donc lorsque j’ai commencé à lui dire que cette relation était trop compliquée et me coûtait « trop cher » par rapport aux bénéfices reçus, il a commencé à se détacher de lui-même. Mais par la suite je dus le bloquer de tous mes réseaux : il ne supportait pas de savoir que je passais à la télé pour parler de bien-être ou dans le cadre de mon travail littéraire ou musical. Il a tenté de m’envoyer, via certains amis, des « messages ». Tous disaient : « Tu dois arrêter de te ridiculiser en jouant les écrivaines ou les musiciennes ou les expertes etc. » Il délivrait rapidement son message haineux et plein d’envie. Mais le jour où j’ai rencontré mon mari il a enfin cessé de me harceler pour de bon.

10. Le retour (ou « hoovering »)

Et puis, quand vous commencez enfin à aller un peu mieux, il revient. Un message, un appel, des excuses. Il « a changé », il « a compris ». Il refait surface exactement au moment où vous tentez de vous reconstruire. C’est là que tout peut recommencer… ou s’arrêter définitivement, si vous avez repris le pouvoir !

Une petite astuce : dans ce monde qui est complexe et de plus en plus tribal, chacun voudrait rencontrer l’amour. Or le véritable amour vous épanouit, il ne vous fane pas, il ne vous gâche pas, il révèle vos véritables dons, des aptitudes nouvelles qui étaient enfouies en vous. Par contre, l’amour toxique lui vous fait cogiter, fait de votre esprit un champ de bataille, vous êtes si concentrée sur les problèmes que vous ne dormez plus. Vous laissez généralement tomber vos dons car l’autre vous y encourage.

Je peux comprendre qu’on soit curieux de rencontrer son âme-soeur… Mais aucune quête aussi profonde soit-elle ne vaut la peine de gâcher votre santé de la sorte. Le cadeau de cette vie, c’est le libre-arbitre ! Dès lors que quelqu’un vous amène à vous en priver, vous-même, posez-vous des questions !


Je partage cela avec vous parce que je sais à quel point ces mécanismes peuvent être invisibles au départ, et combien il est difficile de mettre des mots dessus quand on est dedans. Si vous vous reconnaissez dans ces étapes, sachez que vous n’êtes ni folle, ni faible, ni seule.

Parfois, comprendre ce qu’on vit est déjà une première libération.

Prenez soin de vous.
Je vous lis si vous avez besoin.

Une psychopraticienne qui sait de quoi elle parle.

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